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Kissita alias M. F. Cros.

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Après la réussite de la forte mobilisation hier à Bruxelles de l’opposition congolaise contre la dictature au pouvoir à Kinshasa, il nous a paru intéressant de savoir ce qu’en disent les médias belges.

Bien que nous nous ne faisions pas beaucoup d’illusions tant la manière de traiter l’information congolaise n’échappe au fameux prisme du tragique et du sensationnel et sur ce point nous n’avons pas été déçus. Déjà hier soir, sur la chaîne de télévision RTL TVI dont le journal télévisé a plus les allures people, on plus mis l’accent sur la fin mouvementée de la manifestation en insistant surtout sur le recourt aux canons d’eau par la police pour disperser la foule. Aucun organisateur de la manifestation n’a été interviewé pour expliquer les véritables motivations de cette marche, nous avons vu uniquement quelques manifestants anonymes qui s’exprimaient mal et difficilement sur les raisons de leur présence à la marche. Cette volonté évidente d’ignorer les vrais représentants des congolais de Belgique est un fait récurrent dans les médias belges. Il est évident qu’elle participe d’une démarche voulue de marginaliser tous ceux qui dans la communauté ne se rangent pas à la lecture de la tragédie congolaise faite par l’establishment francophone de la Belgique. Du coté de la RBTF, on a pu voir quand même mieux avec un reportage collant un peu plus aux faits tels qu’ils se sont déroulés tout au long de la manifestation, elle nous a même gratifiée en prime d’un reportage sur les manifestations à Kinshasa. un point noir tout de même c’est que la RTBF a également superbement ignoré les organisateurs de la manifestation en ne leur accordant pas du tout la parole. Pour ce qui concerne la télévision flamande, il y a eu un texte très intéressant sur le télétexte de la VRT dans lequel il était surtout mis l’accent sur les nombreuses affiches que portaient les manifestants et qui disaient du bien d’un commissaire européen que vous connaissez tous très bien pour ses tendances paternalismes. Sans doute y avait-il un peu de communautaire la dedans, comprenne qui pourra.

kin11

Restait à lire ce matin les quotidiens écrits pour boucler la ronde. Et il faut dire que nous n’avons pas été du tout déçu. Cette fois-ci c’est la Libre Belgique par la plume de M.F. Cros qui nous a gratifié d’un éditoriale et d’une analyse abracadantesques, l’expression n’est pas de nous mais du président français Jacques Chirac.

Et voilà qu’on nous ressort l’argument du relativisme ethnique.

Cette bonne dame écrit ceci dans son analyse : « L’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social ; recrute surtout chez les ressortissants du Kasaï, où est né son chef, Etienne Tshisekedi), première contre-vérité grave. Il est une habitude en occident d’opposer aux grands mouvements de conscience africaine cet argument complètement farfelu du relativisme ethnique pour les dénigrer. Dès la création du parti, cet argument a été utilisé par Mobutu et les siens pour discréditer Etienne Tshisekedi et son parti mais il n’a pas résisté au temps. Et voilà qu’il est encore repris après plus de quinze de transition au Congo. Aujourd’hui il n’y a que les esprits faibles qui continuent à croire à une telle ineptie. Si nous ne prenons que le seul exemple de la ville de Kinshasa qui a une population hétérogène provenant pratiquement de toutes les provinces de la RDC, il est un fait que l’UDPS est et demeure de loin le parti le plus populaire à Kinshasa et tous les sondages d’opinions les plus sérieux ne font que le confirmer, cela voudrait-il dire que les Kasaïens seraient majoritaire à Kinshasa ? pas du tout et cela est une certitude. Plus loin dans son analyse cette bonne dame réinvente la structure démographique de Kinshasa en affirmant ceci : « durant la journée de jeudi, les tentatives de former un cortège ont été contrées dans les quartiers, principalement dans l’ouest de la ville(Ngaba, Kalamu, Kasa Vubu) où vivent de nombreux originaires du Kasaï ». Mensonge grossier, pour nous qui avons vécu plus de vingt deux ans à Kinshasa et pour tout vrai Kinois qui lirais pareille ineptie tomberais à la renverse. D’ailleurs tous les adversaires politiques de l’UDPS au Congo ont cessé depuis longtemps d’user de cet argument d’un parti des Balubas parce qu’ils se sont rendus à l’évidence qu’il ne tenait pas la route. Nous sommes le parti le mieux représenté sur toute l’étendue de la RDC. L’UDPS est l’unique parti national au Congo qui a su traverser tous les tumultes de la longue transition congolaise en conservant une large assise sur toute l’étendue de la RDC, il serait inutile de revenir sur la composition des structures du parti pour réaliser à quel point la diversité existe depuis toujours à l’UDPS. Alors pourquoi vouloir ressortir ces vielles casseroles pour présenter les choses d’une manière très simpliste ? Il n y a que les faibles d’esprits qui peuvent se laisser abuser par de tels arguments. Et nous sommes en 2005, de telles affirmations semblent tout à fait anachroniques.

Si cette dame affirme comme elle le dit plus haut dans son article se fier à ses informateurs, alors elle a avalé des couleuvres. Elle nous gratifie même d’un scoop provenant d’une source gouvernementale qui lui aurait signaler des affrontements entre les militants de l’UDPS et ceux du PALU. On croirait rêver, le même gouvernement maffieux de Kinshasa qui a envoyé ses milices interpellés les journalistes des télévisions privées de Kinshasa qui couvraient la marche des militants de l’UDPS nous est ici décrit comme une source d’information fiable pour La Libre Belgique, et aucun mot n’est dit sur les confrères battus et torturés par les milices de Hyppolite Kanambé, elle est bonne la solidarité entre confrères surtout lorsqu’on s’appelle Florence Aubenas ou Georges Mal Bruno appartenant aux grands médias occidentaux.

Une autre affabulation, elle écrit : il n’y a même pas eu de manifestations à Mbuji Mayi(fief de Tshisekedi). Faut-il encore une fois de plus rappeler à ceux qui l’ignore notre parti n’a pas de fief. Et pour preuve, depuis le début de la transition en 1990, Etienne Tshisekedi n’a jamais tenu aucun meeting politique dans la ville de Mbuji-Mayi. Nous la mettons au défit de nous prouver le contraire. Voilà encore une fois de plus ce qu’on perçoit facilement comme un stéréotype, les africains et les congolais sont incapables de se réunir au sein d’un mouvement politique pour un idéal commun, seule l’appartenance à une ethnie ou à une tribu peut fédérer les africains. Nous sommes bien en 2005, on continue à débiter de telles absurdités sur l’Afrique.

Encore plus grave elle écrit : « En revanche, à Kananga(Kasaï mais peuplé majoritairement d’une ethnie rivale de celle de M. Tshisekedi…..), les défilés pour la fête nationale ont eu lieu normalement». Dans ces dernières lignes, nous avons droit à une description de l’espace démographique congolaise digne d’une chronique publié dans un carnet de route rédigé par un grand explorateur comme Stanley. Bravo chère madame, ceci est très profond, on sent bien que vous avez bien révisé vos notes sur le Congo que vous partagez certainement avec une autre grande affabulatrice qu’est Colette Braeckman. Vous devriez même en faire une large diffusion pour en faire profiter aux pauvres ignorants congolais que nous sommes. Nous vous donnons par pitié la note de deux sur dix.

Ecrire que : « la révolution à l’Ukrainienne dont rêvait Tshisekedi a échoué » est un non sens car vous oubliez de préciser que le pouvoir ukrainien de l’époque n’avait jamais explicitement préciser son intention de recourir à la force pour réduire à néant les mouvements de protestation pacifiques.

Qu’il y ait eu une dizaine ou une centaine de mort au Congo cela ne vous aurait en aucun cas ému.
Au lieu de louer le courage des gens qui ont bravé la peur en sortant sur la voie publique pour marcher et exprimer leur opinion dans un contexte où on leur promettait depuis plus d’un mois de se faire abattre comme des chiens, vous leur rapprocher de n’avoir été qu’un bon millier pour une ville qui compte huit millions d’habitants. Cela s’appelle tout simplement du cynisme. Si pour vous cela représente l’échec de l’UDPS, nous vous le concédons alors nous vous mettons au défit de nous dire combien des wallons iraient manifester à Anvers pour exiger des flamands plus de transfert vers le sud du pays pour financer leur plan marshal sans avoir peur de se faire agresser par qui vous connaissez ?

Il est trop facile de critiquer un mouvement politique qui est devenu comme une épine sous le pieds de l’establishment wallon. Il semble qu’il y aurait un consensus sur la manière de solutionner la question congolaise. Et malheur à celui qui ne veut pas plier. Quitte à le diaboliser et lui faire porter le chapeau des turpitudes d’un système que vous comme nous savons gangrené par plusieurs travers. Sans doute ceci n’est il qu’une tragédie parmi tant d’autres que nous offre notre siècle. En effet, il n’y a qu’à tourner le bouton de sa radio ou de sa télé pour se rendre compte que le Congo n’a pas l’exclusivité des malheurs de notre temps, Tsunami oblige.

Libre à vous d’écrire ce qui vous passe par la tête, ce qui nous importe le plus est l’opinion de nos compatriotes face à notre démarche. Le fort des hommes de convictions comme Etienne Tshisekedi est de poser des actes forts et de refuser la compromission. Pour reste, seul le temps nous dira qui avait raison.
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Ngandu Bukasa Etienne.
Gent.
Belgique.