Par Raymond LUAULA
Journaliste
Mons
Belgique

colette_braeckman2                francecr1Kissita alias M.F. Cros.

Kalanga Mwana Zaïre alias collette Braeckman

La cécité d’une certaine presse belge intrigue.

Une certaine presse belge s’est singularisée par des attaques à la limite du tolérable contre la personne d’Etienne Tshisekedi, leader de l’opposition congolaise, en marge des effervescences survenues au Congo le 30 juin dernier, date marquant le 45e anniversaire de l’indépendance de l’ex-Congo belge considérée comme butoir pour mettre un terme à la transition issue des négociations politiques inter congolaises tenues en Afrique du Sud en 2002.

Les objectifs majeurs de la transition n’ayant pas été atteints à savoir, le recouvrement de l’intégrité du territoire national et la mise sur pied des institutions politiques issues des élections, il était et il est normal que le peuple congolais exige des comptes à ceux qui se sont emparés du pouvoir d’Etat et qui voient blanc là où tout homme sensé voit noir.
Exceptés les chiens de garde de la nouvelle dictature, nationaux et expatriés, tout analyste objectif ne peut qu’être scandalisé par le satisfecit que se sont octroyés les dirigeants congolais par le biais de Joseph Kabila en affirmant que les objectifs de la transition étaient atteints.

Que dans ces conditions où le mensonge est érigé en système de gouvernement, les ex-Zaïrois descendent dans la rue pour manifester pacifiquement leur ras-le-bol et que des forces dites de l’ordre soient dressées contre eux au point de tirer à balles réelles sur une population civile sans défense, il y a de quoi tomber des nues quand deux consoeurs belges, sans état d’âme comme la dictature des Kabila qui a succédé à celle de Mobutu, s’ingénient à faire état de l’absence des manifestations à travers le Congo et décrètent que cela est un échec du principal parti de l’opposition, l’UDPS.

C’est tout juste si ces deux dames qui se sont autoproclamées spécialistes des questions congolaises, en fait des expertes sans expertise, ne sont allées jusqu’au bout de leur logique qui frise le mercenariat médiatique pour écrire que tous les Congolais sont derrière Joseph Kabila, devenu lui aussi guide éclairé comme feu Mobutu Sese Seko ou « l’homme qu’il fallait » comme son père nourricier Laurent-Désiré Taratibu Kabila Ka Makolo de triste mémoire.

Mais parce qu’on ne peut tricher face à sa propre conscience, les deux dames n’ont pu nier l’évidence. Elles ont écrit noir sur blanc que les forces de l’ordre étaient déployées pour empêcher toute manifestation. C’est ici le lieu de rappeler que de passage à Bruxelles il y a plus d’un lois, Azarias Ruberwa, un des quatre vice-présidents de la RDC( entendez la République divisée du Congo)s’était réjoui de l’annonce par l’UDPS de l’organisation des manifestations le 30 juin. Car, à l’en croire, cela permettait au gouvernement 1+4 de prendre toutes ses précautions. A cet effet, des sources dignes de foi attestent que des militaires et non des policiers dont certains ne parlaient aucune langue congolaise ont été envoyés, en corps expéditionnaire, dans certaines provinces où ils se sont livrés à cœur joie au rançonnement et au viol des femmes et des jeunes filles comme pour punir un peuple coupable de ne pas se soumettre au diktat des dirigeants de droit divin. Dommage que les fameuses expertes du Congo dont les rédactions disposent des budgets substantiels se soient contentées de rédiger leurs pamphlets contre le chef de l’opposition congolaise à partir de Bruxelles en mettant en relief des sources gouvernementales congolaises au lieu de faire un travail de terrain qui aurait pu leur permettre d’évoluer vers un peu plus d’objectivité !

Un échec, mais en fait une victoire

Ayant pour fondement de sa philosophie politique la non violence, l’UDPS n’a pas dérogé à sa tradition en appelant les Congolais à descendre dans la rue pour manifester pacifiquement le 30 juin en vue de marquer la fin de la transition issue du Dialogue inter congolais. Un message du secrétaire général de ce parti, M.Massamba, invitait à ce sujet les manifestants à ne céder à aucune provocation et à s’interdire toute destruction. Dès lors, ceux qui, du Congo et de l’étranger comme le belgo-congolais( ?) Louis Michel, prédisaient un chaos orchestré par l’Udps ont vu leurs hallucinations fondre comme neige au soleil. En fait, la fille aînée de l’opposition congolaise n’a pas renoncée à la non violence et n’a pas levé l’option de prendre le pouvoir d’Etat par la force. Du moins jusque là !
Il y a lieu de rappeler à cet effet qu’ à la suite de l’échec du premier round des négociations politiques inter congolaises en Avril 2002 en Afrique du sud sanctionné par la signature d’un accord pirate de l’hôtel Cascades de Sun City entre Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba qui s’octroyaient une prime de guerre en se partageant le pouvoir respectivement comme président de la République et premier ministre, coiffant au poteau le principal mouvement rebelle(RCD)en lui attribuant la présidence de l’Assemblée nationale, les cadres de l’Udps présents à Sun City avaient écrit à leur président national estimant qu’il était temps pour leur parti de reconsidérer son option non violente.

La lettre en question publiée à l’époque par la presse prépayée ( !) de Kinshasa qui s’était employée à présenter l’Udps comme un parti réfractaire au dialogue n’avait pas, il faut le rappeler, reçu la suite attendue par ses rédacteurs, son destinataire ayant au contraire exhorté ses collaborateurs à tenir bon et à garder le cap, l’Udps et les autres forces du progrès devant accéder au pouvoir à travers des mécanismes démocratiques.

Enrôlement des électeurs, le pire est à venir.

Au registre des préalables aux préparatifs des élections, la prétendue experte de La Libre Belgique livre l’Udps au mépris du public pour avoir invité la population à garder la distance envers l’opération relative à l’enrôlement des électeurs commencée il y a peu à Kinshasa. Ce que la spécialiste auto-proclamée de l’actualité congolaise ne relève pas, par omission certainement, est que le recensement de la population préalable à l’enrôlement n’a pas eu lieu et que cela fait le lit à des fraudes massives qui risquent de voir la RDC replonger dans une autre guerre à l’issue d’une parodie d’élections. La situation est à ce sujet préoccupante que le 2e vice-président de la Commission électorale a déploré, il y a quelques jours, la vente à Kinshasa des cartes d’étudiants et d’élèves en dehors des universités et des écoles à des citoyens qui cherchent à se munir d’une pièce d’identité pour se faire enrôler. Comme si cela ne suffisait pas et pour en rajouter à la confusion, la Commission électorale tente de rassurer tout le monde en soulignant que même ceux qui ne sont pas pourvus des cartes d’identité auront leurs cartes d’électeurs. Comme quoi, le pire est à venir car, dans ces conditions, même les métis noirs, termes qui désignent tous les réfugiés des pays frontaliers qui vivent au Congo depuis plusieurs années et se déclarent parfois « Con-au laid »selon les circonstances pourront se faire électeurs.

L’impasse

En tout état de cause, les défenseurs de la nouvelle dictature en place au Congo(vieille tout de même de 8 ans depuis que Mobutu avait pris ses jambes au cou sur conseil des Américains !)ont cru administrer à M.Tshisekedi un direct à l’estomac destiné à lui couper le souffle en l’accusant d’avoir annoncé la fin de la transition le 30 juin alors qu’il est signataire des accords de Sun City qui prévoient une possible prolongation de la transition pendant 6 mois deux fois. C’est discutable. Mais pourquoi ces analystes s’interdisent-ils d’appliquer la même logique à Joseph Kabila qui avait déclaré l’année dernière que tous les animateurs de la transition devraient avoir le courage de démissionner si les élections générales n’étaient organisées avant le 30 juin 2005. C’est à croire que c’est après avoir fait cette déclaration que Kabila se serait souvenu de l’éventualité d’une prolongation de la transition prévue par les négociations politiques intercongolaises !

Dès lors, avec un peu plus de recul, il y a lieu de se demander si l’impasse actuelle n’aurait pas été évitée si , comme l’avait proposé il y a trois ans, Raphaël Soriano Katebe Katoto, tous les belligérants avaient été écartés de la gestion de la transition(pour éviter de leur accorder une prime de guerre),qui elle-même aurait eu comme dirigeants des citoyens qui auraient pris l’engagement de ne pas se présenter, au terme de leurs mandats, aux élections pour la première législature.
Au moment où le sommet de G8 tenu en Ecosse du 7 au 8 juillet courant vient de décider d’allouer 58 milliards de dollars d’aide au développement à l’Afrique, substituant ainsi le partenariat à l’assistance à condition que les dirigeants africains s’engagent à plus de démocratie, les perspectives d’avenir demeurent sombres pour la RDC. Et pour cause, outre la non gestion de ce pays par les ex-belligérants qui se partagent le pouvoir, un rapport d’Amnesty International publié le 5 juillet courant indique que, malgré l’embargo décrété par l’ONU, des armes et des munitions en provenance des Balkans et de l’Europe de l’Est sont toujours livrées à la RDC, au Rwanda et à l’Ouganda. L’organisation internationale relève par ailleurs qu’un accord lie le gouvernement de Kabila et des entreprises privées pour la livraison d’armes en échange de diamants.
Moralité :avec la présence de cette bande des prédateurs à la tête de la RDC, le bout du tunnel semble s’éloigne davantage . A moins que le peuple clochardisé ne redresse son front longtemps courbé pour recouvrer sa liberté et sa dignité. Voilà la porte de sortie !