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Philippe Lomboto Liondjo

L’abbé Malu Malu, conducteur du « kimalu malu » appelé Commission Electorale Indépendant, vient donc de décider, de manière somme toute assez cavalière, que le premier tour des élections se tiendra le 30juillet 2006. La campagne électorale débutera le 30 juin prochain…Et on nous affirme qu’il n’y aura pas de « vide juridique » car il y a le fameux « article 222 » qui va, selon les concepteurs de ce « foutoir gouvernemental », nous préserver du chaos…Un peu comme le début dans la précipitation des opérations d’enrôlements/enregistrements de l’année dernière le 20 juin…Pour nous faire patienter et étouffer les velléités contestataires en vu de la fin de la première partie de la transition, fin qui aurait déjà dû être entérinée par des élections.

Début de la campagne électorale le 30 juin…N’est-ce pas une autre manœuvre pour endormir le peuple ? N’est-ce pas là encore une autre feinte qui va leur permettre de tenter de se dédouaner face aux critiques de plus en plus nombreuses et virulentes qui montent de toutes parts ? N’est-ce pas là une des stratégies d’esquive que la CEI utilise pour nous tenir dans sa main et ainsi prévenir toute tentative de manifestation populaire à la date fatidique du 30 juin 2006.

Et nous revoici donc dans les mêmes turbulences qu’à la même période il y a 1 an, à l’approche du 30 juin 2005. Il est plus qu’évident que nous allons revivre quasiment les mêmes péripéties de l’année dernière alors que nous allons vers le 30 juin 2006.

Cependant, il y a de nouvelles donnes que les exégètes de la CEI et du pouvoir n’avait certainement pas prévues et qui risquent de perturber fortement la « marche triomphale de Joseph ». En effet, il semble bien qu’une puissante coalition soit en pleine émergence, coalition de poids qui revêt un caractère nationaliste. Les rumeurs de tractations entre le MLC de Bemba, l’UDPS de Tshisekedi et d’autres groupes et partis politiques nés dans la diaspora, ces rumeurs tendent à se confirmer et démontrent un changement dans la lutte pour la survie du Congo. Et la couleur nationaliste de cette union qui se met en place est renforcée par un autre facteur dont l’impact et l’influence sur la population congolaise sont d’importance : L’implication de l’église catholique du Congo.

Cette implication s’est faite par deux interventions très fortes et très remarquées des deux plus hauts prélats du clergé congolais, Monseigneur Frederic Etshou et Monseigneur Laurent Monsengwo. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils n’ont pas prit de gants pour dire haut et fort ce qu’une grande majorité d’entre nous dit depuis le début de la transition « michelienne ».

L’appel du cardinal Etshou qui demande aux congolais « de ne plus laisser le pays aux mains d’étrangers » et les propos de Monsengwo qui veut que les électeurs « sanctionnent par un vote judicieux ». En rejoignant donc le discours de l’opposition, on sent poindre à l’horizon une grande coalition qui va peser lourd dans les jours à venir…

Dans une brillante analyse sur le site « congomania », Anthony Katombe relève avec justesse que « L'Eglise catholique est incontestablement la première force sociale au Congo. Elle est présente sur toute l'étendue du pays à travers ses églises et son réseau d'écoles. Au Congo, même les non-membres de l'église catholique sont conscients de la force de cette communauté. » Et le titre que Katombe donne à son article montre que cette implication « brutale » dans le jeu politique actuel du Congo est une affaire nationaliste.

Mais Mosengwo va encore plus loin en exigeant plutôt qu’en recommandant que les acteurs politiques de cette transition finissante cessent «l’unilatéralisme décisionnel » et engagent un dialogue avec toutes les forces du pays. Et cette « fatwa » du prélat de Kisangani est dans la ligne de ce que réclament Tshisekedi, Bemba, Ngbanda et même des experts en élections de l’occident tels que International Crisis Group.

Dans les semaines à venir les rencontres « pro-dialogue » et les suites des interventions de Etshou et Monsengwo vont très certainement avoir une influence et un impact de plus en plus visibles sur le déroulement des « opérations » en cours…Et nous, nous continuons le combat.